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LUV
LEEDS
WEST YORKSHIRE :
rues mortifères, grisaille, pluie et sensation de mort imminente.
Un cauchemar.
LEEDS
« ville morte livrée aux corbeaux, à la pluie et à
l’Eventreur… »
où les brebis galeuses d’une police corrompue
fraient avec les affairistes et les voyous.
LEEDS
« décrépitude locale, décrépitude industrielle,
enfer local,
enfer industriel… ».
LEEDS
allégorie de notre propre décrépitude morale, économique,
humaine.
Fric. Business. Corruption. Perversions.
Douleur. Horreur. Désespoir. Haine.
Pour en parler, David Peace use de phrases brutales, noyées d’épuisement,
de dégoût, de nausée, de peur. Elles dessinent les
contours d’une région de l'âme humaine, ravagée
et glaciale, un lieu à vif, électrisé, exorbité,
que le texte révèle dans un éblouissement paroxystique
et qui laisse le lecteur pantelant.
L’oeuvre plonge au cœur de la mémoire d’une histoire
commune, elle la fore sans pitié et en extrait les ossements d’une
humanité cabossée, torturée, lacérée.
Une humanité où des puissants, des nantis arrogants règnent
abusivement, où des affairistes et des politiciens, alliés
contre nature, font cause commune. Une humanité, celle du Yorkshire
des années 70 et 80 au pays de l’Habeas Corpus, où
des fillettes kidnappées sont retrouvées mutilées
avec des ailes de cygne cousues dans le dos. Une humanité où
des puissants qui ne sont pas des anges aiment à « s’amuser
» avec des petites filles.
C’est
une œuvre morale et politique. On y lit l’histoire d’une
société cassée par la mise en place d’une politique
économique et sociale brutale au début des années
80. On y lit la genèse de notre Europe libérale actuelle.
Y est radiographié le mode opératoire du Crime allié
à la Corruption dans son opération de saccage d’une
région, le Yorkshire. Un terrain favorable était nécessaire
à sa mise en place ; en l’occurrence, celui d’une société
précarisée offrant de moins en moins de protection aux plus
fragiles, une société où le profit des uns croît
sans cesse aux dépens des autres, une jungle cannibale où
les forts dévorent les faibles.
JF
Matignon
David
Peace et le cinéma aujourd'hui 4
films
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