Le Tour d'Ecrou

La peau dure

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Il y a des textes qu'on aurait aimé rêver et écrire, celui-ci par exemple...

REPONSE A UNE QUESTION QUI N’EST PAS POSEE

Un théâtre est un lieu politique. Il défend ses idées et s’engage dans le combat contre les injustices qui éclatent au grand jour. Le théâtre s’ouvre au scandale car il ne sait pas tout sur tout, il veut savoir davantage. Il est un lieu de surprises.

Celui qui le visite ne sait pas ce qui l’attend et il est surpris car il ne s’attendait pas à voir ce qu’il pressentait sans jamais pouvoir trouver les mots.

Un théâtre vit avec le passé, mais essaye d’effacer ses traces.

Un théâtre n’est pas une mouche aux ailes arrachées, sortie d’un encrier sur un drap blanc. Comme l’ange de l’espoir, il avance la tête en arrière, avec les yeux écarquillés, dans un fort battement d’ailes.

Un théâtre n’a pas une ou plusieurs formes, il est informe, mais il a un visage. C’est un lieu de recherches, un lieu pour les chercheurs. Il a besoin d’étonnement plus que d’acclamation. Il se lie à un lieu, il vit avec ce lieu, mais il a des portes et des fenêtres pour aller dans le monde et, par elles, le monde peut entrer. Ses fenêtres et ses portes doivent toujours rester grandes ouvertes. La pauvreté aussi y a son entrée, elle peut s’asseoir à table.

Un théâtre n’a pas besoin de plus d’argent que ce qu’on lui donne, mais il doit le faire fructifier (un théâtre ne souffre pas de la pauvreté, mais bien souvent de la misère).

Un théâtre doit aimer son public et a besoin de l’amour de son public.

Le public d’un théâtre ce sont tous ceux qui ont besoin d’un théâtre.

Un théâtre vit dans l’amitié avec sa famille : l’amour, le rire, le boire, le sport, la paresse, l’angoisse, le désordre et la bagatelle, la danse, la …, le …, la …

Le théâtre est l’art le plus simple et le plus éphémère : l’art n’a rien à voir avec la connaissance, il vient de la volonté.

Matthias Langhoff, mai 2001